PELLEGRINO DA SAN DANIELE
San Daniele del Friuli
1467 – 1547

"Madonna"
Vers 1485
Huile et tempera sur bois tendre
78,5 x 53,5 cm

Ce tableau expressif et magistral de la Vierge et de l’Enfant avec des anges a été réalisé par Pellegrino da San Daniele, comme en témoigne le cartellino (« petit bouclier » en italien) en bas du tableau. Il a appris à Udine auprès d’Antonio da Firenze et dans l’atelier de Domenico Da Tolmezzo. Le peintre reçut plusieurs commandes de familles nobles du Frioul et séjourna vers 1500 à la cour d’Ercole Ier d’Este (1431-1505) à Ferrare. Il a ensuite réalisé des œuvres pour la cathédrale d’Udine, et est notamment connu pour le grand cycle de fresques de l’église Sant’ Antonio Abate.

Ce tableau peut être considéré comme une œuvre de jeunesse remarquable de ce peintre extrêmement habile sur le plan technique, qui, au début de sa carrière, s’inspirait avec grand intérêt des grands peintres vénitiens de l’époque. Ce tableau est particulièrement comparable à une représentation de la Madone par le peintre vénitien Antonio Rosso (Tai di Pieve di Cadore 1440 c. – 1509/10 Belluno) – peut-être l’un des maîtres de Pellegrino da San Daniele. Ce dernier était actif dans la seconde moitié du XVe siècle et a réalisé vers 1460-1465 une œuvre proche dans l’expression intitulée « Madonna in trono col Bambino e angeli », qui se trouve aujourd’hui dans la Gallerie dell’Accademia à Venise (Catalogo 644).

La représentation de la Vierge dans le type byzantin populaire d’Eleusa (du grec « la miséricordieuse ») souligne l’attention affectueuse de Marie et de l’enfant Jésus. La relation entre la mère et l’enfant est ainsi mise en évidence et montre l’humanité de Jésus dans sa tendre affection pour la Vierge Marie. Cela se traduit par le toucher câlin des joues ainsi que des mains ; l’enfant saisit avec espièglerie le voile plissé et mouvementé de Marie, tandis que la mère le met en parallèle en tenant la cape et en approchant sa main gauche de celle de son enfant avec un geste doux. De sa main droite, elle serre Jésus contre elle, encadrée par le pli de la cuvette de la cape. Bien que leurs regards ne se croisent pas, l’intimité des deux est clairement montrée. Tandis que Jésus regarde vers le haut avec un regard enlevé, Marie regarde en biais vers le bas vers les spectateurs, dont elle est l’intercesseur, sans perdre le contact avec son enfant.

La représentation, qui ressemble à une icône, est animée par le fond ornemental en or avec des nimbes poinçonnés et des motifs de rideaux végétaux, ainsi que par les anges qui peuplent le reste du fond du tableau. Cet ajout d’anges est également typique de l’œuvre ultérieure du peintre. Les deux figures d’anges sur les goussets supérieurs font office de porte-rideaux et présentent ainsi la représentation centrale. Les deux anges, assis hardiment à la table du premier plan, jouent du luth et se réfèrent aussi bien à la représentation de la mère et de l’enfant qu’au spectateur. C’est ici que se révèle l’espièglerie de composition du peintre qui, dans l’axe diagonal, alterne de manière variée des anges aux ailes rouges dans une robe verte ou des anges aux ailes vertes dans une robe rouge. Grâce à cette astuce de composition, les deux axes se rejoignent au centre de l’image, à savoir au contact de la main de Marie avec celle de l’enfant. Les deux putti de dos, beaucoup plus petits, qui semblent tourner les pages d’un livre posé sur une estrade avec une tête d’ange sculptée, sont également intéressants. Il est fort probable qu’il s’agisse de la Bible, l’Écriture sainte du christianisme.Dans l’ensemble, la représentation reflète une exaltation religieuse en tant qu’image de dévotion, ce qui suggère une certaine distance par rapport au spectateur. Cependant, un moment dynamique d’immédiateté est également démontré par l’implication de plusieurs sens. Le sens du toucher est également stimulé par le textile luxueux, le toucher délicat des joues et des mains et le parchemin de la page du livre qui vient d’être tournée.